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  • Laurence Bourgeois

Le piège du Jour sans fin...


Elle fait peur, cette journée qui ne s'arrête jamais...

Le phénomène porte maintenant un nom : le "blurring". Ce terme, initialement utilisé pour désigner le flou (en anglais « blur »), la confusion entre la vie professionnelle et la vie personnelle est aujourd'hui très médiatisé, et le recours quasi imposé au télétravail ainsi que l’avènement du numérique y sont sans doute pour quelque chose.

Quand les frontières entre vie privée et vie professionnelle s'amenuisent, il y a risque d'interférence, de brouillage.

Pourtant, il y a une dizaine d'années, le "blurring" était vu plutôt comme une opportunité, comme la démonstration d'un esprit agile et ouvert. Les employeurs, peut-être pour rendre hommage à Socrate ("La liberté consiste à travailler quand on veut, et à ne pas travailler quand on ne veut pas"), s'emparaient du concept afin de valoriser l'autonomie laissée aux collaborateurs. De gommer les petits accès de culpabilité, quand l'envie prenait dans la journée de s'octroyer quelques minutes de pause. De permettre de s'organiser comme on le souhaitait, quitte à finir quelques dossiers dans le métro ou sous la couette...

Mais aujourd'hui, cet état de veille permanente, qui s'installe dans la durée, est reconnu comme un facteur déterminant dans l'apparition de la surcharge cognitive (ou charge mentale). Car c'est (aussi) cela, la charge mentale : une ébullition constante du cerveau, l'impression de ne jamais réussir à débrancher (que cela soit dans la vie professionnelle ou personnelle), à sans cesse ouvrir une multitude de dossiers... et à se trouver dans l'incapacité de tous les refermer.

Alors, avec tout ça, que fait-on ? On compartimente, on se fixe des priorités (en essayant de s'y tenir), on apprend à dire "non" (et tant pis si on en froisse quelques-uns au passage), on essaie de (se) fixer des limites, on prend le temps de souffler... Pour que demain ne soit pas un jour sans fin.